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Notre histoire

               

 

Tout a commencé par un coup de fil au printemps 1979… Il y a déjà si longtemps !!!

 

Dans le courant de l’année 1978 j’avais accueilli dans le Service de Neuropsychologie, où j’occupais le poste de Psychologue, une Stagiaire « pas comme les autres » : il s’agissait d’une Juriste, ancienne Avocat, très mobilisée par les questions – pour ne pas dire les problèmes - qui se posaient de plus en plus au sein du groupe familial et de la dynamique conjugale en particulier. Elle avait entrepris une formation complémentaire en conseil conjugal et familial et en médiation familiale : cette formation comprenait, outre les cours magistraux à Paris, des stages en Maternité et en Psychologie Clinique. C’est donc elle, Jacqueline MOURRET, qui m’appelle en Juin 1979.

Qui, mieux que Jacqueline, pouvait symboliser l’alliance Languedoc-Roussillon, dans cette belle région où l’Orient même s’immisce dans le nom de notre Département ? Elle venait de ce Languedoc, riche d’histoire et surtout de latinité et avait adopté les catalans dans une réciproque amitié…

Comme à son habitude, elle pose sa question clairement, directement : ayant eu des contacts à Paris avec des femmes de divers Clubs Soroptimist, elle souhaiterait en créer un à Perpignan. Sa question est simple : pour commencer, il me faut 18 personnes, j’appelle tout le monde aujourd’hui, j’ai déjà 14 « oui », est-ce que tu es intéressée ?

Comment répondre « non » à quelqu’un qui est capable d’avoir 14 réponses positives en un jour, pour un projet encore mal connu et cela dans une petite ville de province comme la nôtre ? Je pense que c’est cet argument qui m’a fait dire oui – outre le fait que j’avais un excellent souvenir de la qualité de participation de Jacqueline durant son Stage hospitalier.

 Le soir de ce même jour, nous étions 18 !

 On pouvait commencer…..

 

 

J’ai un souvenir très ému des festivités de notre intronisation, et, en particulier, du « diner de gala » au Restaurant « L’Echanson » de l’Hôtel de France, aujourd’hui malheureusement disparu des quais de notre ville, mais non pas de nos mémoires…. Je revois les visages amicaux de notre premier groupe « Sorop » et j’entends la voix de Jacqueline qui, sans notes, sans documents, tout en séduisant l’auditoire, nous mobilisa dans cette aventure, à la fois combat et amitié qui, comme tout ce qui est fécond, porte encore aujourd’hui ses fruits : 34 ans plus tard, nous sommes toujours là… Bien sûr, les visages ont changé, les vides se sont creusés, mais le renouveau n’a jamais cessé et les jeunes visages sorop nous confirment la valeur de l’élan du départ…..

 

 

 

Les prémices

 

Sans doute depuis toujours  - et bien avant les remarquables travaux de l’Université de Stanford – les femmes ont su trouver entre elles l’énergie, le courage, la solidarité leur permettant d’affronter et de vaincre les multiples difficultés de la vie. Le « Soroptimisme » est sans doute un prolongement logique de cette intuition de base que l’on retrouve dans toutes les cultures. Mais l’institutionnalisation de ce mouvement inné n’était pas toujours évidente et facile.

 

Les premières années furent celles des tâtonnements, de l'apprivoisement et de l'apprentissage : il fallait d'abord s'informer et s'imprégner de l’idée, du « Sens » et de l’élan qui avaient conduit des femmes, au début de ce XXème siècle, à se retrouver et rassembler leurs énergies pour inventer ( au beau sens du terme) une Parole forte et donc productrice d'effets. A quoi reconnaît-on la vérité et la force d'une Parole ou d'un Acte ? .... A ses effets, bien sûr !  Ce sont, sans doute, ces dix premières années qui ont permis de structurer l’identité de notre groupe, au sein d’une culture catalane, où la femme se devait d’avoir un rôle discret, même s’il est fort. Il a donc fallu surmonter cette apparente contradiction pour affirmer notre place et construire patiemment l’image de notre   « Sorop ». Trois décennies plus tard le groupe de départ s'est multiplié par deux, avec, encore quelques visages, signes vivants du premier jour, et surtout, tous les jeunes  visages qui confirment et valorisent le parcours du groupe....

 

 

L’âge de raison

 

 

La deuxième décennie fut celle de l’ouverture…. Ouverture au monde environnant avec l’organisation de manifestations très variées, généralement sous forme de diners avec débats et conférences sur des thèmes divers entraînant une fréquentation accrue de la « société civile » locale.

Cela représentait une affirmation de notre identité, pour les regards extérieurs, affirmation nécessaire après les années de construction patiente de cette image. Les bénéfices de ces manifestations allaient le plus souvent à des projets de formation ou de spécialisation pour des étudiantes.

                De même, le Club avait été à l’origine de la création du CIDF (Centre d’Information des Droits des Femmes) sur notre ville. Il avait régulièrement soutenu l’ADSEA (Association Départementale pour la Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence).  Il avait aidé régulièrement le Foyer de l’Arche  (lieu d’accueil pour femmes victimes de violences). Il avait également mis en place  une Antenne de l’EGPE, « Ecole des Grands-Parents Européens », créée à Paris par Marie Françoise FUCHS.

                On assista aussi à l’ouverture au monde national et international du « Sorop », également facilité par les capacités budgétaires de cette époque. Beaucoup de voyages, de rencontres, de liens : la France bien sûr, mais aussi l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Angleterre, la Turquie, la Géorgie, la Scandinavie… Une multiplication des échanges et des rencontres qui permettent de structurer une identité et une force.

                Plusieurs contacts privilégiés se sont réalisés avec des villes diverses en France et à l’étranger. Le jumelage avec San Remo représente un lien particulier symbolisé par l’amitié profonde entre Paola NOTARI et Jacqueline MOURRET. D’autres liens privilégiés ont été réalisés, en particulier avec Spittal et Wenheim.

 

 

                Le Présent et l’Avenir

 

                Ainsi structuré le Club poursuivit son évolution avec un souci constant de s’ouvrir à de nouveaux membres et, en particulier, à de jeunes femmes dont les parcours pouvaient se trouver en accord avec les « idées » fondatrices du Sorop…C’est ainsi que le recrutement augmenta durant cette troisième décennie avec un enrichissement du Club grâce à cette ouverture et à la multiplication des projets.

                Si, en Français, la « fraternité » n’a pas d’équivalent féminin, sans doute le Soroptimisme est-il une des réponses à ce manque. Il n’est pas in-signifiant que cette intuition féminine soit née au décours d’une des guerres les plus meurtrières de notre histoire. Il y avait eu d’autres tentatives dans ces mêmes circonstances : rappelons-nous la littérature grecque et la « Lysistrata » d’Aristophane qui nous raconte la réaction humoristique des femmes pour indiquer leur rejet des guerres. Les « sorop » ont réagi autrement : puisque les hommes sont « au combat » les femmes se mettent au travail et rassemblent leurs forces pour résister à une vision mortifère du monde et aux tendances hégémoniques et belliqueuses d’une certaine masculinité…. L’entrée des femmes dans le monde du travail (celui qui « construit » le monde) a induit une « sororité » face à cette fraternité d’armes et à ces conflits qui détruisent l’humanité.

 

                C’est probablement cette sororité qui attire vers le Club Soroptimist de nouveaux et jeunes visages, avec également cet enrichissement consécutif à la découverte des « autres » domaines professionnels. Il n’est qu’à consulter la composition de notre Club pour constater les horizons si divers représentés par nos professions.

               

 

                En conclusion, on peut dire que l’engagement soroptimiste est une réponse claire à la question de savoir quelle est la place de la femme, son rôle, son charisme particulier dans une société en plein bouleversement. Bien sûr, il y a eu et il y aura sans doute d’autres pistes permettant au monde d’aujourd’hui d’entendre la Parole féminine et d’en bénéficier, mais l’intuition soroptimiste a permis d’ouvrir, il y a plus de 90 ans, une voie féconde pour la réciprocité des liens entre la femme et le monde d’aujourd’hui.

 

 

                                                                                                                                                                              Rose-Marie Belmas